Une homélie inspirante de notre ancien curé Jean-Guy Paradis ( publiée le18 janvier 2021).

Le pape François a dit « Celui que nous avons contemplé dans le mystère de Noël, nous sommes à présent invités à le suivre dans la vie quotidienne. L’évangile d’aujourd’hui nous introduit donc parfaitement dans le temps liturgique ordinaire, un temps qui sert à animer et à vérifier notre chemin de foi dans la vie quotidienne. »

Ce dimanche, c’est un peu le dimanche de l’Appel. Avant de nous attarder au récit évangélique, je veux attirer l’attention sur l’appel de la première lecture dans le premier livre de Samuel au chapitre 3, l’appel mystérieux à Samuel, consacré au Seigneur par sa mère.

Samuel va réorienter sa vie bien ordonnée. Il «était couché dans le temple du Seigneur à Silo, où se trouvait l’arche de Dieu», dit le texte. Une tranquillité soudainement interpelée avec la disponibilité évoquée : «Parle, Seigneur, ton Serviteur écoute»… Réponse qui va déranger! Au verset 19, il est dit : «Samuel ne laisse aucune des paroles du Seigneur sans effet.»

Sommes-nous prêts à ce dérangement? Pourquoi ne deviendrait-il pas inspirant pour la période de pandémie que nous traversons? On sait que, par la suite, «[Samuel] aura à réaliser une mission difficile de prophète et de messager du Seigneur. Il sera celui qui consacrera … David comme rois d’Israël et Salomon…». Samuel réanimera des périodes difficiles dans l’histoire d’Israël, témoin d’une période de transition.

Écouteréflexion et découverte. Voilà pour nous aider à découvrir des voies nouvelles. Voyons : 1. L’événement de l’appel, écoute du temps présent; 2. L’idéal de nous faire chrétiens, accueillir; 3. L’expérience du chrétien, accompagner.

  1. L’événement de l’appel : écouter

Jean l’évangéliste vient de nous indiquer, dans Jean 1, 35-42, comment s’est formé le premier groupe des apôtres. Le récit commence étrangement. Jean-Baptiste a indiqué :«Voici l’Agneau de Dieu.» Ils n’ont probablement pas compris grand-chose, mais curieusement, ils suivent un inconnu, en silence.

« Jésus se retournant…Que cherchez-vous? Ils répondirent :«Rabbi où demeures-tu?» Il leur dit : «Venez et vous verrez». Ils restèrent auprès de lui… »

Une expérience essentielle : après avoir écouté et regardé, chercher. À nous, les auditeurs qui entendons cette parole, ici, ce matin, que cherchons-nous? Qu’attendons-nous de Lui? Au cœur de ce labyrinthe où nous nous trouvons présentement avec ses restrictions, comment essaie-t-il de nous rejoindre? Quelle est notre attente, ce matin?

Nous sommes auditeurs, faute de pouvoir être présents, faute d’être, comme on dit des pratiquants. Pourquoi? Se donner bonne conscience, accomplir un précepte dominical, ou savoir plus de choses, ou devenir plus religieux, etc., ou quoi?

Versus, d’autres, pour ne pas s’être posé les vraies questions, ils n’y trouvent d’intérêt! « À quoi ça sert? », entendons-nous. Fortifier notre engagement et, comme les deux disciples, pour voir… «Venez, et vous verrez» : qu’est-ce qui me motive vraiment, sinon croître dans mon cheminement de foi? D’où la nécessité de changer le « Que cherchez-vous? » EN : «Qui cherchez-vous? »

«Qui cherches-tu?», a demandé le jardinier à Marie-Madeleine le matin de Pâques. «Cherchez-vous vraiment Dieu?», demandait saint Benoît aux disciples qui venaient à lui. Alors si d’une part, au fond de notre être, nous cherchons à apprendre à vivre à la façon de Jésus, d’autre part, en tant que disciple nous aussi, nous apprendrons à amener quelqu’un à la porte de son cœur.

  1. Accueillir l’idéal d’apprendre à vivre en nous faisant plus crédibles

Nous touchons 2 niveaux.

  1. A) Quel est le secret de mavie? Ce rêve qui m’aide à avancer? Mon intérêt pour vivre des expériences d’intériorité personnelle en profondeur, versus vivre en superficialité.
  2. B) Vivre l’expérience avec quelqu’un qui puisse m’aider à croître. C’est celle du chrétien en contact intime avec Jésus par l’approfondissement de son évangile et le souci de multiplier les moments de vivre en sa présence. Avouons que, pour des milliers de chrétiens, il s’agit d’un discours extraterrestre. Se laisser séduire par Jésus ressemble à de l’idéalisme à la Dom Quichotte.

L’Église se doit de reconnaître sa difficulté, pour ne pas dire son incapacité, à engendrer les chrétiens dont elle aurait besoin pour faire face aux conséquences de la pandémie. Plusieurs chrétiens n’ont d’opinion sur celui en qui ils prétendent croire, se limitent à l’Enfant de Bethléem qui éveille les souvenirs d’enfance, d’où l’urgence de cheminer avec ceux qui ont soif d’aller plus loin pour renouveler la chrétienté.

 

  1. L’expérience du croyant : accompagner

Face à l’abandon avant d’avoir connu les horizons prometteurs de l’expérience chrétienne, et faute d’être resté avec de fausses images d’un Dieu punisseur loin de la vie éternelle, avec la diffusion d’une image peu attrayante et l’idée d’une religion qui vient écarter les problèmes du quotidien, et faute de ne pas avoir eu l’occasion de découvrir la foi comme un cadeau de Dieu, une lumière, un stimulant,  et de découvrir que nous sommes aimés de Dieu (versus une drogue), la génération montante est victime d’un manque d’intériorité. On revient à la connaissance des points importants sans expérience personnelle de ce qu’ils apportent comme épanouissement.

Je ne peux terminer sans citer la position du grand scientifique athée Jean Rostand : «Vous autres –les chrétiens– vous avez la chance de croire. De ce dont je suis sûr, c’est que j’aimerais que Dieu existe». Bien différent des tièdes croyants sans plus, n’est-ce pas!       Conclusion.

Et la pandémie… Si elle était, en fond de scène, un moment de grâce!

Sur un plan pastoral, plusieurs activités se sont pratiquement mises en mode d’arrêt, ou presque (des réunions virtuelles, des projets déjà en marche à terminer, …) tout au plus! Le train est arrêté à une station… Devant ce train, s’offre le choix de différentes voies.

Ce serait se faire illusion que de penser et dangereux d’imaginer qu’on pourrait suivre la même voie qu’avant. On en revient à la même question : Qu’est-ce que Dieu veut nous signifier par ce bouleversement? Sûrement pas le statu quo alors vécu au début de l’année 2020; pas au niveau religieux, en tout cas!

Si certains se contentaient, peut-être, d’un air d’aller, se donnaient bonne conscience par des résultats presque sans espérance d’avenir (ils sont rejoints par une réalité lucide et peu encourageante), encourageons-nous les uns les autres et prions :

  • pour continuer, versus profiter de l’occasion pour abandonner nos engagements;
  • pour entrevoir le renouveau comme un appel du Seigneur;
  • pour que ceux qui ont pour mission de nous orienter soient éclairés;
  • pour offrir ce dérangement afin que l’Esprit soutienne ceux que le découragement a atteint.

«Vois Seigneur, je ne retiens pas mes lèvres, tu le sais. J’ai dit ton amour et la vérité à la grande assemblée» Psaume 39

Si vous avez le goût de réagir, n’hésitez pas. Que Dieu nous bénisse. Amen

Jean Guy Paradis, prêtre

 

Posté le : 17 janvier 2021