La mort aux oubliettes ? Un éditorial de Sophie de Villeneuve, rédactrice en chef de Croire en lien avec la pandémie actuelle.

 

Sophie Villeneuve, rédactrice en chef de Croire

La mort aux oubliettes ?

Dans une émission de radio entendue récemment, l’essayiste Jacques Julliard s’étonnait de ce que les religions, durant cette pandémie, n’aient pas eu une parole d’espérance et n’aient pas évoqué, alors que l’heure s’y prêtait, les « fins dernières ». Il est vrai, et d’autres l’ont constaté avant lui, que les discours eschatologiques n’ont plus cours dans nos églises. Les « fins dernières » sont en effet tombées dans les oubliettes. On ne « meurt » plus, on « décède » ou, pire encore, on « part », on « disparaît ». Étrange époque où mourir relève du caché, de l’inavouable et, osons le dire, de l’indécent. Comme si nous n’avions plus besoin, ou envie, de croire que la vie est « l’antichambre de la vraie vie » (Bossuet). Et que nous ne savions plus vraiment parler de ce que nous deviendrons à notre mort. Étonnons-nous ensuite que beaucoup se tournent vers médiums et voyants pour tenter d’entrer en contact avec leurs défunts. Ne serait-il pas temps de renouer avec une « pastorale de la joie » qui ose dire, avec force, qu’une vie éternelle nous attend, que nos morts nous attendent, et que le mystère du mal nous sera enfin dévoilé ? « Nous sommes des êtres spirituels vivant une aventure humaine », disait Teilhard de Chardin. Nous ne disparaissons pas, nous ne partons pas, nous mourons, et retrouvons la vie pour laquelle nous sommes faits : une vie spirituelle.

Le ciel ou le paradis ?

Nous en savons peu sur le paradis. Une chose est sûre, ce terme désigne un état de plénitude de vrai bonheur, de plénitude de vie, qui ne peut être réalisé que dans la vision de Dieu.

Nous ne savons pas grand-chose du ciel, appelé aussi Paradis ! Même les évangélistes en disent peu, car ils n’en savent pas plus que nous ! Au ciel, ou au paradis, vivent ceux qui nous ont quittés… On imagine des festins joyeux et une «Jérusalem» céleste aux portes grandes ouvertes, au sein de laquelle circule une foule heureuse et diverse… Mais ce ne sont que des images.

Le paradis est lié à notre résurrection… Il désigne la plénitude du salut de l’homme, définitivement ressuscité et passé en Dieu. Plus qu’un lieu, ce serait «un état» de vrai bonheur, de plénitude de vie qui ne peut se réaliser que dans la vision de Dieu aimant et source d’un bonheur total.

«La vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi le seul vrai Dieu et celui que tu as envoyé, Jésus Christ» Jean , 17, 3.

Ce vrai bonheur, cette vision «béatifique» dont parle la tradition de l’Église n’est pas la réalisation de toutes les aspirations de l’homme mais leur dépassement. A la joie totale de voir Dieu, s’ajoutera la joie d’être en communion parfaite avec les hommes. Désormais, plus de haine, ni de pleurs. Toutes les relations que nous aurons eu sur terre se retrouveront et s’épanouiront. D’autres se noueront. Cette communion vivra de l’unité même du Père, du Fils et de l’Esprit. Notre existence prendra une autre dimension.

L’être que nous sommes devenus sur terre, la richesse de nos expériences, l’immense acquis de notre vie, tout cela se maintiendra avec une capacité d’ouverture nouvelle et de communion. Dieu prendra en main cet être inachevé que nous sommes et lui donnera une dimension dont nous n’avons pas idée.

Pouvons nous dès ici-bas, «goûter» aux joies du paradis ? Et bien oui ! Dès que nous partageons avec d’autres des moments d’amour vrai, nous avons un aperçu de l ‘amour de Dieu. L’émerveillement devant un beau paysage, une œuvre d’art, un visage aimé nous donne à vivre, l’espace d’un instant, l’expérience intense d’un absolu.

La joie du ciel sera le fait d’un amour absolument pur et ouvert aux autres.

 

 

Posté le : 11 juin 2020